jeudi 24 mai 2007

Une journée en correctionnelle, Partie III.a

Le procès auquel j'ai assisté était assez étrange. C'est l'histoire d'une victime qui provoque un affrontement armé, d'un gardien de la paix qui se désole d'avoir fait son devoir et d'un prévenu digne de Meursault, le héros de l'Etranger. Ce procès a eu lieu après celui, très long de trois trafiquants de drogue (je vous le raconterai peut-être). L'accusé avait été introduit dans le box en même temps que l'un des trafiquants (les deux autres comparaissant libres).

Pendant l'audience des trois trafiquants, Michel T., le préveu était très passif, la tête posée contre le box, il ne semblait pas s'interesser au procès qui aurait pourtant trompé son ennui. Le peu de fois où nos regards se sont croisés, ses yeux étaient étonnamment fixes et son visage particulièrement inexpressif. Tout a commencé pendant le procès des trois trafiquants de canabis où un énorme avocat a glissé quelques mots à la greffière. Le juge a alors interrompu le procès.

"-Que se passe-t-il ?
-Mon client refuse que je prenne sa défense.
-Vous ne voulez pas être défendu par un avocat, dit le juge à Michel.
-Non.
-Levez-vous quand on vous parle ! En tout cas ce n'est pas gentil pour l'avocat qui s'est déplacé.
-..."

Après le long procès des trafiquants le juge a enfin saisi le dossier concernant Michel T. Il a énuméré son C.V. qui comportait une série honorable de condamnations pour vol ou pour violences.

"-1997, condamnation à 3 mois fermes pour vol à main armée. Qu'est-ce que c'était exactement ? demanda le juge au prévenu."

Profites bien de ces quelques phrases, lecteurs car de la bouche de Michel T. ne sortiront plus que des onomatopées.


"-C'est écrit sur votre feuille, répondit-il."

Le juge passe.

"-1998, condamnation à 4 mois fermes pour violences et vol à main armée. Qu'est-ce que c'était exactement ?
-C'est écrit sur votre feuille.
-Vous vous moquez du monde ? Répondez aux questions.
-C'est écrit."

Le juge devient alors tout rouge sous ses cheveux blancs.

"-Expulsez-moi.
-Ca suffit, je vais vous faire menotter.
-Faites-moi menotter, faites-moi sortir.
-Un peu de respect, menace durement le gendarme en lui touchant l'épaule, calme-toi."

Puis le juge reprend sa lecture. Il lit ensuite la déposition de la victime, un vieil homme de 60 ans, dont le prénom est Ahmed. Il ne s'est pas constitué partie civile. Il a déclaré à l'époque qu'en descendant d'un bus à Bastille, il avait senti qu'on le poussait dans le dos, il s'était retourné et avait dit "Pardon ?" l'air de demander "Que se passe t'il ?". Michel T., un clochard avait alors sorti un couteaux. Le vieil Ahmed avait alors laissé tomber ses affaires, était parti en courant, il avait alors croisé des gardiens de la paix, les avait réquisitionné. Le gardien de la Paix Vincent avait alors demandé au clochard s'il possédait quelque chose de dangereux sur lui. Ahmed avait alors lancé :

"-Montre-lui ton couteaux, allez, sors-le !"

Michel T. avait alors sorti son couteau et menacé Ahmed et les forces de l'ordre. Vincent lui avait dit de poser son couteau, Michel T. avait alors foncé sur le gardien de la paix, couteau à la main pour le poignarder. Après plusieurs sommations le gardien de la paix avait alors tiré à terre, réitéré ses sommations, tiré à nouveau à terre. Par ricochet, la 4ème balle s'était logé dans la jambe de Michel T. après un ricochet au sol.

Après avoir lu la déposition, le juge se tourna vers le vieux Arabe :

"-Vous confirmez vos déclarations ?
-C'est flou, entendis-je.
-Pardon ?
-C'est faux.
-Vous n'avez pas été menacé par un couteau ?"

Nouvelles dénégations.

"-Vos déclarations sont pourtant précises : "En sortant du bus, je me suis senti poussé, j'ai dit pardon, l'air de demander qu'est-ce qu'il y a et l'homme a alors sorti un couteau. J'ai vu la mort devant moi, j'ai lâché ma sacoche, et je suis parti en courant.""
-C'est faux.
-Pourquoi êtes-vous parti en courant alors, pourquoi avez-vous réquisitionné les forces de l'ordre ?
-Je ne sais pas.
-C'est par vous que tout est arrivé,
s'énerve le juge, le législateur ne me permet pas de faire quelque chose contre vous mais ça me démange bien ! Vous pouvez vous asseoir."

...
la suite bientôt

4 commentaires:

Phileas a dit…

et bien le début de votre récit me fait penser a un film que j'ai été voir dernièrement et que j'ai beaucoup aimé : "la faille"
mais ensuite l'histoire diverge quelque peux (voir complètement) et les dialogue aussi.
Le point commun est de ne pas vouloir d'avocat pour etre défendu.
Je me demande quel sorte de blessures par la vie peuvent ammener un individu a etre si marginal et de se comporter avec le juge comme si c'était un professeur d'école en manque d'autorité...
que vous inspire a vous ces scenes?
comme resort ton d'un tribunal après un tel "spectacle"?
peux etre nous ferez nous part de vos sentiments?

Lyriane a dit…

Alors, la suite du procès est interessante comme je laisse présager l'introduction, mais je ne pense pas que je ferai tellement commentaires, je crois que le récit se suffit à lui-même. Par contre comme je vous l'ai dit je compte "exploiter" une autre affaire (le procès d'un petit voleur) dans un petit article sur les peines planchers. Cependant pour répondre à votre question sur la façon dont on ressort après un tel spectacle, je crois que je n'ai pas été très impressionnée en fait, si ce n'est par le professionnalisme des juges, surtout celui qui a jugé Michel T. je l'ai trouvé très bien avec le gardien de la paix (vous en saurez plus bientôt). J'ai vu aussi que les juges ne sont pas aussi laxistes (du moins avec les adultes) qu'on a pu l'entendre. Et lorsqu'ils sont indulgents, d'après le peu que j'ai vu, c'est justifié, cf encore une fois le prochain procès (celui du voleur).

Philéas, je tiens à vous remercier, vous êtes une motivation supplémentaire pour que je tienne ce blog avec un peu de rigueur.

Phileas a dit…

vous me voyer ravis d'etre une des causes de votre motivation pour ce blog...
laissez cependant parfois paraitre davantage vos émotions, cela n'en donnera peux etre que plus de séduction

phileas a dit…

vous vous faite désirer pour la suite chere Lyriane...